La source du progrès

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La source du progrès

La révolution informatique initiée à la fin du siècle dernier nous a fait basculer dans une nouvelle ère, l’informatique est devenue le centre de notre vie culturelle et intellectuelle et nous sommes de nos jours tous plus ou moins dépendants de son utilisation.
Cette situation peut paraître effrayante, le changement l’est toujours – et nous ne sommes que la première génération dans ce nouveau monde – mais même si certaines de ses utilisations donnent le droit de s’interroger, il ne faut pas négliger tout ce que cela peu apporter de positif à nos modes de vie.
Je ne rentrerai pas ici dans le détail des changements du quotidien que nous constatons tous chaque jour. En revanche il me paraît intéressant d’éclairer un peu certains mouvements et certains usages collectifs qui peuvent servir de base à des changements beaucoup plus profonds.

Le mouvement le plus emblématique qui donnera naissance à tous les autres est celui de l’Open Source. En un mot, il y a plus de 30 ans maintenant, il s’agissait de rendre accessible (Open) les programmes informatiques commerciaux dans leur forme originelle (dit code Source) à tous dans le but de contrôler ce qui  est fait de nos données . Cette démarche à été permise par la réécriture complète de certains outils informatiques et la création d’une licence d’utilisation associée : la GNU GPL.
Cela donna naissance  à d’autres projets plus globaux (et la créations de licences similaires aux subtilités juridiques affriolantes) tels que le navigateur web Firefox ou le très emblématique Linux (1991). Projet informatique d’un étudiant finlandais qui décida de rendre disponible son travail sur Internet en  utilisant la licence créée par le mouvement Open Source (GNU GPL). Aujourd’hui, la plupart d’entre vous connait et a même sans doute utilisé ces produits issus de l’effort commun ainsi que de l’esprit de reprise en main et de maîtrise de nos outils informatiques.

On constate que très tôt dans cette révolution, des intervenants tels que Richard Stallman, qui a lancé le mouvement GNU, ont compris que la maîtrise de l’outil de traitement des données serait un allié stratégique de la liberté. Et, à l’heure de l’usage intensif des réseaux sociaux ou des fichiers informatiques d’État, on peut bien lui donner raison.

on aborde moins souvent l’humanisme profond que draine ce milieu. Des gens de cultures, de bords politiques et d’âges très différents s’impliquent et donnent à la communauté de leur temps et de leurs compétences chaque jour.

Evidemment, l’intérêt de ce genre de choses dans la vie quotidienne n’est pas évidente. Tout le monde ne peut, et ne veut, être un hacker* (voir définition en bas de page) ou un fin technicien. Certes. Ceci-dit, ce maelström technique a engendré de nouvelles sortes d’activisme. De nouvelles méthodes d’entraide ou de désobéissance civile, et même, il est vrai, de délinquance. On parle souvent de ce dernier point, confondant souvent le hacker* avec le brigand. On parle souvent également dans nos médias d’une perte de valeurs et de repères de notre monde de plus en plus virtuel. Et pourtant, on aborde moins souvent l’humanisme profond que draine ce milieu. Des gens de cultures, de bords politiques et d’âges très différents s’impliquent et donnent à la communauté de leur temps et de leurs compétences chaque jour.

Ces dernières années ont vu la création de nombreux hackerspaces, sortes de laboratoires participatifs orientés vers  les technologies et la création artistique. L’un des plus actifs en France est tmp/lab. Ces laboratoires aboutissent parfois à des projets du genre du capteur citoyen de la qualité de l’air ** qui permet de prendre en charge une partie de l’analyse de l’air dans nos villes. On obtient une granularité plus fine de l’analyse, on devient partie prenante du processus, ce qui permet une forme de contrôle citoyen de l’information. Une dynamique qui donne également des idées à des gens comme  Massoud Hassani, designer, qui a créé un projet technique à portée humanitaire:“Mine Kafon”**. Le gamin qui a grandi à Kaboul a trouvé une idée astucieuse et peu onéreuse pour déminer les anciens terrains de guerre: une boule hérissée de bambous capuchonnés de plateaux de plastique, juste assez lourde pour être poussée par le vent. Elle roule sur le champs de mines, déclenche l’engin en passant dessus, absorbe le souffle et continue son chemin, capable d’éliminer trois ou quatre mines. Coût de l’engin : une quarantaine de Dollars et une simplicité de fabrication enfantine. On peut également imaginer embarquer des équipements électroniques tels qu’un GPS pour une cartographie en ligne (Open Source ! ) des zones nettoyées.

On pouvait s’en douter, le hacker* a quand même un fort potentiel à aimer les plaines du Larzac, sinon celles d’Afghanistan,  et ce qui devait arriver arriva : la création de communautés rurales appelées Hackerland. Le partage des ressources, les bidouillages et détournements techniques sont dans l’air d’un temps où la décroissance ressemble à un obstacle vers lequel nous allons à une vitesse certaine et régulière. Un très bon article sur le sujet de Sabine Blanc (owni.fr) permet de bien comprendre ce que cela englobe.

D’un point de vue  strictement démocratique, enfin, l’open source nous apporte également des usages intéressants tels que l’Open Data. Le concept est assez simple puisqu’il s’agit de convaincre gouvernements, ministères ou collectivités locales d’ouvrir l’accès sur Internet aux données publiques de leur fonctionnement dans un format standardisé et ouvert. Concrètement, cela inclut les horaires de bus ou le planning de présence d’un député en passant par des budgets, des mesures ou des statistiques. On ouvre ainsi la voie à un nouveau regard citoyen et un nouveau type de journalisme : le journalisme de données.

Ce n’est qu’un bref résumé de ce qui tourne autour de l’Open Source en 2012, mais espérons que cela vous convaincra que c’est sans doute notre meilleur outil pour aborder la transition de la révolution numérique. Et puis, essayons de nous convaincre également que c’est une belle source de progrès pour nous aider à améliorer nos sociétés et nos modes de vie avant que n’arrive la prochaine révolution : la révolution climatique.

* selon wikipédia :
« Hacker » est un mot d’origine angloaméricaine. Dans son sens général, un hacker est quelqu’un qui aime comprendre le fonctionnement d’un mécanisme, afin de pouvoir le bidouiller (voir bidouillabilité) pour le détourner de son fonctionnement originel. Appliqué à l’informatique, un hacker sait où et comment bidouiller un programme ou matériel électronique pour effectuer des tâches autres que celles prévues par ses concepteurs.

** voir les très bons article d’owni.fr sur

1/ le Mine Kafon

2/ le capteur citoyen de la qualité de l’air

 

P.S. Article publié sur Contre-sens.fr